Résurrection met en scène le prince Dmitri Nekhlioudov, juré confronté au procès de Katioucha Maslova, jeune femme qu'il a autrefois séduite puis abandonnée. De cette rencontre naît un itinéraire de remords, d'expiation et de lucidité sociale. Tolstoï y déploie un réalisme moral d'une grande sévérité, mêlant narration psychologique, satire judiciaire et dénonciation des prisons, de l'Église officielle et de l'aristocratie. Publié en 1899, le roman appartient à la dernière période de l'écrivain, où la fiction devient instrument de critique spirituelle et politique. Tolstoï, vieillissant, avait alors rompu avec les séductions mondaines et cherchait une forme de christianisme dépouillée, fondée sur la non-violence, la compassion et le refus des institutions oppressives. Son expérience de noble, de soldat, de propriétaire terrien et de réformateur moral nourrit directement Résurrection, dont l'intrigue transpose ses propres interrogations sur la culpabilité, la justice et la possibilité d'une vie régénérée. Je recommande ce livre à qui veut lire non seulement un grand roman russe, mais aussi un acte de conscience. Sa puissance tient à l'union rare d'une intrigue poignante et d'une méditation radicale sur la dignité humaine, capable d'ébranler durablement le lecteur.